Quelque part en Afrique, en ce qui concerne la zizanie planifiée, les blancs sont venus. Quand ils sont arrivés, ils ont apporté beaucoup de choses. C’est pourquoi on dit que « pour la chose du blanc, il faut toujours la notice. »
Un certain monsieur, nommé Anthon, travaillait chez l’homme blanc comme cuisinier. Et chaque fois que l’homme blanc rentrait de ses vacances en Europe, il ramenait du fromage. Et il était interdit à Anthon de toucher à ce mets si succulent, qu’on ne trouvait pas en Afrique.
Alors, le blanc lui disait : - Anthon, pas toucher, hein ?
- Oui, patron.
Mais c’était Anthon le cuisinier. Chaque fois qu’il rentrait au village, il ramenait les nouvelles et apportait quelque chose. Quand on le voyait arriver, quand les habitants du village le voyaient arriver, ils l’acclamaient en disant : Ntanga na mot a so ya. (Ce qui veut dire que l’homme blanc est arrivé.)
Parce que, comme il travaillait chez l’homme blanc, c’était quelqu’un d’évolué. On disait même qu’il était noir à l’extérieur et blanc dedans.
Et chaque fois qu’il revenait, il racontait et il montrait les choses.
Au village, Anthon avait dit tout ce que l’homme blanc lui avait appris : qu’il ne fallait pas cracher ; qu’il ne fallait pas parler la bouche pleine. Un homme évolué ne crache pas par terre. Un homme évolué ne parle pas la bouche pleine.
Alors, cette fois-là, ce fut pendant la période où les blancs envoyaient des barres de savon en Afrique. Le savon de Marseille.
Cette année-là, l’homme blanc s’en alla comme toujours chaque année en vacances. Et chaque fois qu’il partait, Anthon son cuisinier se rendait aussi en vacances au village. C’est ainsi que ce jour-là, Anthon est parti au marché pour acheter des provisions afin de rentrer au village. Il trouva quelqu’un qui était en train de couper des barres de savons.
Il dit : - Quoi, mon frère,... c’est quoi ça ? Mais ça, c’est le fromage ! Ah ! (il disait), c’est la nourriture du blanc. On ne peut pas trouver ça ici. Mon patron il mange ça avec le pain. Coupe-moi. Alors, le monsieur se mit à couper.
Il coupa, coupa. Il coupa, coupa. Et il coupa, coupa.
Alors, Anthon prit son savon, croyant que c’était du fromage. Il s’en alla acheter du pain. Ici, on dit pain de campagne. Là-bas, c’est le gros pain, long comme ça. On l’appelle le pain de famille. Anthon acheta donc du pain puis prit son taxi brousse pour rentrer au village.
Quand il est arrivé : - Tangana motan so ya. Tangana motan so ya. Tangana motan so ya. Cela veut dire que l’homme blanc est arrivé. Parce que vous le voyez noir comme ça, mais à l’intérieur il est blanc. Parce qu’il a évolué maintenant et il travaille chez l’homme blanc et c’est le cuisinier de l’homme blanc.
Comme il est le cuisinier de l’homme blanc, cela éveille la curiosité auprès de ses frères du village qui lui posent toutes sortes de questions. L’un d’eux lui demande : - Dis donc, est-ce que tu as déjà vu le caca de l’homme blanc ? Parce que les blancs, même les femmes blanches en Afrique, on ne peut pas les voir faire pipi. Et on ne voit pas l’homme blanc faire caca. Donc pour voir le caca de l’homme blanc, ce n’est pas facile. Mais comme lui travaille chez l’homme blanc, on lui demande s’il a déjà le caca du blanc. Il dit : Ben, ce n’est pas facile parcequ’il tire la chasse d’eau.
Par contre, pour la chose du blanc, il faut la notice. Pourquoi ? Parce que quand tu vas au restaurant, tous les blancs sont toujours en train de lire la notice. Parce que cette nourriture-là, peut-être qu’on la mange du côté gauche. Toi, tu la manges du côté droit. Ce n’est pas normal. Maintenant, Anthon arrive au village. On lui demande :
- Alors Anthon, qu’est-ce que tu nous apportes maintenant ?
- Je vous apporte la nourriture du blanc. Suivez-moi à la maison, vous allez tous goûter à la nourriture du blanc.
- Comment ceci se mange, demandèrrent-ils ?
- Cela se mange comme toute autre nourriture. C’est très facile. Tu mets le fromage dans la bouche. Tu mets aussi le pain. Tu mâches et tu avales.
Ils arrivèrent donc chez Anthon. Celui-ci coupa le pain. Il coupa, coupa ! Il coupa, coupa ! Et il coupa, coupa ! Puis le distribua à tout le monde ;
Et il coupa le savon en petits morceaux. Il le distribua en disant : - Mangez mes frères, c’est la nourriture du blanc.
Tout le monde fit comme Anthon avait dit. Ils mâchèrent, mâchèrent. Et c’est dans les regards qu’on pouvait voir que ce n’était pas si bon que ça !
Ils se rappelèrent donc qu’un homme évolué ne devait pas parler la bouche pleine. Qu’un homme évolué ne devait pas cracher par terre. Ils interrogèrent du regard Anthon qui était aussi en train de mâcher. Comme ça moussait, Anthon s’aperçut que ce n’était pas la nourriture de blanc qu’il avait connu chez son patron.
Comme tout le monde l’attendait, la bouche moussante et pleine, Anthon cracha en premier, en disant, pour trouver la raison, se rappelant de ce qu’il avait dit auparavant pour l’homme évolué : - Pouah ! La nourriture du blanc, il y en a plusieurs sortes : la bonne et la mauvaise.
Et toute l’assistance cracha à son tour en disant : - Il faut quand même dire que celle-ci est vraiment mauvaise. Eh ! Anthon, tu n’avais pas la notice.
Jusqu’à présent, on dit en Afrique que : " La chose du blanc, il faut toujours la notice."