Vous êtes ici >> Anecdotes >>



Accueil
Actualités
Anecdotes
Contacts
Les chansons
Les contes
Liens
Pêle-mêle zygomatique

Les Articles
Les débuts

Plus tard

 

Les débuts


Qui connaît, connaît.

Qui ne connaît, ne connaît pas vous dit Tokoto Ashanty.

Alors, il va vous raconter quelques anecdotes vécues.

°°°

"J’ai commencé très tôt à vouloir être musicien, malgré les embûches.

Je suis un douala né à Yaoundé où mon père, Maître Ouvrier typographe de classe exceptionnelle (haut fonctionnaire de l’époque), était en poste. Mes oncles étaient pharmacien, chirurgien, chercheur à l’Institut Pasteur, guérisseur… La famille espérait que je choisirai l’une de ces voies et certains de mes oncles m’ont transmis leurs connaissances dans le domaine traditionnel et mystique.

J’ai commencé l’école à Yaoundé puis je suis parti, vers l’âge de 7 ans, à N’kongsamba chez un cousin de mon père qui possédait et jouait de l’harmonium. C’est à partir de ce moment que je me suis intéressé à la musique. Bien qu’il y ait interdiction formelle de toucher à cet instrument, j’ai commencé à en jouer en cachette, reproduisant ce que j’avais entendu jouer.

Puis, fuyant les projets familiaux, je suis parti à Douala chez les Frères des écoles chrétiennes. Là encore il y avait un harmonium sur lequel je pouvais m’entraîner. Je reproduisais, à l’oreille, les morceaux religieux joués par les prêtres lors des offices. Parallèlement, je faisais de petits travaux pour les frères et, avec l’argent ainsi économisé, je pus m’acheter mon premier instrument de musique : une guitare, ainsi qu’un livret d’initiation, « le Marabout Flash de la guitare ». C’est avec cela que je suis allé voir un grand-père du quartier qui m’aida pour apprendre à placer mes doigts, accorder la guitare…

Cet enseignement fut interrompu par mon départ au Canada. En effet, d’abord louveteau, puis scout, j’avais été choisi pour représenter, avec d’autres, les scouts camerounais. C’est ainsi que je suis resté 2 ou 3 ans là-bas, continuant l’école et la musique, mais toujours seul. J’avais à disposition plusieurs sortes d’instruments dont certains traditionnels, d’autres précurseurs des basses actuelles. Je fus fasciné par la basse.

Tous ces voyages étaient décidés par les Frères des écoles, c’est pourquoi, après un détour d’un an par Yaoundé, je revins à Douala pour intégrer le Juvénat, c’est-à-dire le séminaire. Trompant la surveillance des frères enseignants catholiques, nous étions quelques uns à sortir par les fenêtres, la nuit, quand les lumières sont éteintes, pour aller jouer dans les boites de nuit. A cette époque on les appelait “boites à blancs ”, c’était le top du top. Cela veut dire que les blancs y allaient et c’est pourquoi nous jouions plusieurs styles de musique : classique, jazz, slow… et nous n’étions pas nombreux à le faire. Les musiciens m’adoptèrent, me laissant de temps en temps jouer sur scène, pour les remplacer un petit moment. Je jouais de la guitare solo et de la basse. Au fur et à mesure je pris du grade et commençai à faire partie du spectacle.

Pour pouvoir monter un groupe, avec quelques amis, j’achetai une 2ème guitare. Nous répétions, répétions jusqu’à, enfin, donner des concerts au quartier. Nous croyions être discrets ! C’était sans compter sur les bruits qui courent et arrivent aux oreilles de mon père. Celui-ci débouche un soir et casse ma guitare… sur ma tête, ce qui me laissera une cicatrice et renforcera mon envie d’être musicien.

Un jour, alors que nous faisions le chemin de Croix, Eco Roosevelt, un ami qui faisait parti de nos virées musicales nocturnes, au lieu de jouer : “allez vers le Seigneur parmi les chants d’allégresse…” entonna : “et j’entends siffler le train…” de Richard Anthony. Alors, tous les prêtres, toutes les bonnes sœurs, tous ceux qui étaient là se turent. Nous autres, les comparses, essayâmes de l’avertir discrètement mais il était tellement dedans qu’il mit du temps à s’apercevoir de ce qu’il faisait. Ce qui venait de se passer pendant le chemin de Croix était un véritable blasphème car les frères acceptaient d’éduquer des enfants essentiellement pour qu’ils deviennent prêtres à leur tour... Ainsi, nous ne pouvions plus devenir frère et nous dûmes nous en aller. Eco devint musicien pour les croisières et, après avoir longtemps voyagé sur les mers, est revenu au Cameroun.

Je suis retourné voir mon “grand-père” qui, avec d’autres anciens, montait des spectacles musicaux traditionnels, de ceux où les gens du quartier viennent danser les danses ancestrales, le samedi soir. Ils appelaient cette musique “Ambassy”. J’étais le plus jeune musicien de la bande et j’ai appris, là-bas, à danser.

Un peu plus tard, avec d’autres mordus de musique, j’animais un émission à la radio de Douala, les jeudis (puisqu’il n’y avait pas de cours). Cette émission était appelée “le Club des Décagénaires”. Là, des jeunes venaient en solo, ou en groupe, jouer de la musique. Ce fut un succès vite interrompu par le bruit que firent les parents des adolescents. A tel point que l’émission fut arrêtée.

A l’époque des boites de nuit, on me surnomma “Boss” car je fus le fondateur des “Matinées des Jeunes” au Cameroun. C’était ma riposte à l’arrêt de l’émission ! Par la suite ce concept a pris de l’envergure et a traversé les frontières…

Imaginez : nous allions en boite de nuit, comme nos aînés, mais les samedi et dimanche après-midi, et nous interprétions des morceaux de Chuck Berry, d’Otis Redding… sur lesquels se trémoussaient nos frères et sœurs. Ce fut une véritable révolution et il nous est souvent arrivé de fuir avant la fin de nos représentations. Nous étions les suborneurs de la jeunesse camerounaise et étions attendus à la sortie, non seulement par certains parents mais encore par les autorités compétentes qu’ils avaient amenées avec eux. Peine perdue car le lendemain, ou la semaine suivante, le bouche à oreille fonctionnant très bien, surtout pour ces choses interdites, les salles étaient pleines. Pourtant nous ne faisions que jouer, ou danser…

Notre groupe était mixte, disons plutôt métissé car des amis blancs jouant du saxo, de la basse… s’étaient joints à nous. Nous commencions à être connus et pendant les vacances scolaires nous nous produisions dans d’autres villes comme Bamenda, Bafoussam… Notre groupe fut surnommé les “Tchouckberry”car nous n’avions pas pensé à nous donner un nom. Alors nous choisîmes de nous appeler “les Styls” et donnions des représentations à la Piscine de Douala (à la Cité SIC) jusqu’à l’éclatement du groupe. C’est avec eux que je jouais, à la guitare, pour la première fois des chansons que j’avais écrites (paroles et musique). Ce furent “Ebanda mbodi” le futur “homme de chèvre” et “Makossa pop” qui devirent mon premier 45 tours (et le seul je crois).

Après les “Styls”, il y eut le groupe les “Blacksongs” qui finit par se disperser lui aussi. Lassé de voir que les groupes ne tenaient pas longtemps je décidais, alors, d’utiliser mon nom et d’embaucher des musiciens pour mes spectacles. C’est mon public qui a rajouté “ashanty” ou “ashanti”, selon les régions. Plus tard, mes fans raccorderont à mon nom le titre d’une de mes chansons et je deviendrai Tokoto Ashanty, l’Homme de Chèvre”“. Actuellement, beaucoup m’appellent simplement, l’homme de chèvre.

Mon premier grand spectacle a lieu au Cinéma “Le Wouri” à Douala. A l’époque n’étant toujours pas majeur (la majorité étant à 21 ans), c’est le directeur de la boite de nuit qui se mettait en avant et nous protégeait pour que puissions jouer. Je me produisais, également, dans les mariages, les fêtes… puisque mon répertoire allait des musiques ancestrales, à mes compositions en passant par la musique occidentale. Bien sûr, n’étant pas majeur, je n’étais pas rémunéré, mais l’envie de faire de la musique compensait cet inconvénient, d’autant plus que je faisais de nombreux petits boulots que ce soit dans le domaine de la mécanique, de l’électricité… Finalement, le succès grandissant, avec mes musiciens nous avons fini par réclamer un salaire qui ne vint jamais. C’est ainsi que nous avons claqué la porte de la boite de nuit et avons commencé à travailler pour notre propre compte."





laissez un commentaire

 


www.art-touch.com